Fragments intimes
Ce travail s’ancre dans une réflexion intime et universelle autour de la maternité, envisagée non pas comme un état figé, mais comme un territoire mouvant, traversé de forces invisibles, de transmissions et de transformations profondes. La maternité y est pensée comme un espace où le contrôle se fissure, où quelque chose nous échappe, nous dépasse, et nous relie à des strates plus anciennes que nous-mêmes. Un passage où coexistent la grâce et la faille, la magie et la malédiction.
Porter, donner naissance, transmettre : ces gestes, souvent idéalisés, sont ici abordés dans leur complexité. Ils ouvrent un champ où se mêlent héritage conscient et inconscient, mémoire corporelle et empreintes silencieuses. Ce travail interroge ce que nous recevons sans l’avoir choisi, traits physiques, forces intimes, fragilités silencieuses, et ce que, à notre tour, nous léguons, parfois malgré nous.
Le phénomène de microchimérisme, agit comme un point de départ et une métaphore centrale de cette réflexion. Cette réalité biologique, la présence durable de cellules de l’enfant dans le corps de la mère, et inversement, vient troubler les frontières entre soi et l’autre. Elle rend tangible une porosité fondamentale des corps, une cohabitation invisible où l’identité devient plurielle, traversée, habitée.
Certaines oeuvres de cette série sont altérées par des perforations et incisions manuelles, creusées dans la matière photographique. Ces interventions sculptent l’image autant qu’elles la blessent : elles évoquent la transmission, l’ancrage, mais aussi les manques, les failles et les non-dits qui se transmettent de génération en génération.
En faisant coexister absence et présence, effacement et persistance, ce travail photographique envisage la maternité comme un territoire ambivalent : à la fois puissant et fragile, vulnérable et résilient, où les corps et les histoires dialoguent à travers le temps.













